17 Mar 2020

Le rendement des actions et des obligations chute après la baisse de taux de la Fed de dimanche

La Fed réduit le taux à un jour d’un point de pourcentage, mais les marchés plongent

Lors d’une réunion inédite dimanche après-midi, la Réserve fédérale américaine (Fed) a réduit son taux directeur de 100 points de base, jusqu’à la fourchette de 0 % à 0,25 % (voir le graphique ci-dessous). En outre, son comité a annoncé un accès accru à l’escompte officiel des prêts de la Fed aux banques. La Fed est le prêteur de dernier recours, et elle indique qu’elle fournira des liquidités au besoin. Les taux d’intérêt étant déjà si faibles, la Fed sait que des réductions de taux supplémentaires auront des effets limités. Cela étant, elle en revient à l’assouplissement quantitatif – l’achat de volumes importants de bons et obligations du Trésor américain ainsi que de titres adossés à des créances hypothécaires (TACH), afin d’injecter des liquidités dans le système financier.

Les marchés des titres du Trésor et des TACH américains sont habituellement les plus profonds et les plus liquides au monde. Depuis deux semaines cependant, la liquidité s’est évaporée. L’instabilité financière a grimpé fortement, avec le niveau élevé de volatilité. Les banques ont constaté d’importants retraits, les consommateurs s’assurant des réserves d’argent liquide comme de tout le reste. Le coût des fonds pour les banques a fortement augmenté en raison de la perception accrue du risque. Au vu de l’effondrement des prix du pétrole, les banques exposées au secteur pétrolier se ménagent des réserves pour prêts non productifs. Comme des entreprises cessent leurs activités partout et dans presque tous les secteurs, le risque de défaillance augmente encore. Les consommateurs confinés à la maison dépensent moins. Les travailleurs autonomes et les salariés à l’heure risquent de ne rien gagner. La fermeture des écoles ajoute une charge pour les parents qui n’ont pas d’autre solution de garde pour leurs enfants.

Selon l’organisme Centers for Disease Control and Prevention (CDC), toute cette perturbation pourrait durer des mois. Il a recommandé hier d’éviter les réunions de plus de 50 personnes pendant huit semaines. La situation a suscité des inquiétudes croissantes pour les banques. Les actions bancaires ont chuté, et le rendement des obligations bancaires a grimpé. Les banques et autres prêteurs hypothécaires craignent d’être inondés de demandes de refinancement, surtout aux États-Unis, où les pénalités pour résiliation d’une hypothèque sont sensiblement plus faibles qu’au Canada. En raison de la vague de refinancements aux États-Unis, le prix des TACH a fortement baissé, ce qui a augmenté leur rendement et fortement réduit la liquidité du marché.

La hausse des primes de risque, la probabilité d’une récession et le manque de liquidité font que les banques canadiennes et américaines augmentent certains taux hypothécaires. Les prêteurs rabotent le rabais accordé sur le taux préférentiel pour les prêts hypothécaires à taux variable. Certains taux fixes ont aussi augmenté légèrement. Un tel élargissement de l’écart entre les taux hypothécaires et les rendements des obligations gouvernementales s’était déjà vu lors de la crise financière. Les bilans des banques augmenteront considérablement à mesure qu’entreprises et consommateurs en difficulté puiseront davantage dans leurs lignes de crédit. Nombreux sont ceux qui ne parviendront pas à effectuer les paiements d’intérêts à temps. Les réserves pour pertes sur prêts, qui sont déjà en hausse, seront encore augmentées. Les dépôts liquides diminueront, bien des consommateurs étant contraints de vivre de leurs économies, hésitant à vendre leurs actions vu les cours sensiblement déprimés.

Nous ne sommes pas dans une période normale. Les mesures prises par la Fed n’ont pas calmé les marchés. Les rendements boursiers et obligataires ont croulé du jour au lendemain, et les marchés boursiers ont ouvert en forte baisse en Amérique du Nord. Le S&P 500 était en baisse de 8 % à l’ouverture, et le TSX, de 11 %, ce qui a déclenché le coupe-circuit suspendant les transactions – pour la troisième fois en une semaine. Le TSX est à environ 35 % sous son récent sommet (voir le graphique ci-dessous), et le S&P 500, à plus de 20 %. Le recul relativement plus grand du marché boursier canadien reflète la grande place qu’y tient le secteur de l’énergie. Les deux secteurs les plus faibles du TSX sont l’énergie et la finance.

Le monde entier sait que la Fed et d’autres banques centrales arrivent au bout de leurs munitions. Le gouverneur de la Fed Jerome Powell a affirmé hier qu’il n’irait pas jusqu’à des taux directeurs négatifs, mais recourrait plutôt au « cadrage prospectif » et à l’achat d’actifs (assouplissement quantitatif).

La bonne nouvelle est que les banques sont fortement capitalisées et beaucoup plus résilientes que lors de la crise financière. Depuis cette époque, les banques centrales ont mis en place des mesures pour surveiller la stabilité financière. Vendredi dernier, le Bureau du surintendant des institutions financières (BFSI) du Canada a réduit l’exigence de fonds propres des banques canadiennes, libérant 300 milliards de dollars que les banques pourront utiliser pour soutenir des emprunteurs en difficulté. Le BFSI a mis en garde contre l’utilisation de ces fonds pour racheter des actions ou augmenter les dividendes.

Le BFSI a aussi suspendu la révision proposée du taux admissible pour les prêts hypothécaires, qui devait commencer le 6 avril. Le taux hypothécaire affiché publié chaque semaine par la Banque du Canada restera le taux admissible. Il est actuellement de 5,19 %, mais il devrait baisser cette semaine à environ 4,95 %.

En cette période extraordinaire cependant, il y a une perte de confiance dans le système financier. Certains réclament une fermeture complète des marchés boursiers – mais on peut imaginer la panique s’il devenait impossible de vendre des actifs. C’est alors qu’il y aurait réellement une ruée sur les banques. Ce n’est pas le moment de céder à la panique.

Le marché canadien du logement

L’Association canadienne de l’immeuble (ACI) a annoncé aujourd’hui que les ventes résidentielles enregistrées sur les systèmes MLS® canadiens ont augmenté de 5,9 % en février 2020. Il s’agit d’une des progressions d’un mois à l’autre les plus élevées de la dernière décennie. Les ventes réelles (non désaisonnalisées) ont dépassé de 26,9 % celles de février 2019 – qui étaient toutefois très faibles. De fait, février 2019 a été le mois de février le plus faible en dix ans, ce qui explique en bonne part l’important gain de cette année. Février 2020 a également profité d’un jour supplémentaire en raison de l’année bissextile.

« La hausse du prix des propriétés s’accélère dans les marchés où les inscriptions se raréfient, plus particulièrement en Ontario, au Québec et dans les Maritimes, qui ensemble génèrent à peu près les deux tiers des ventes au pays, a indiqué Jason Stephen, le président de l’ACI. Au même moment, l’abondance de l’offre dans les Prairies et à Terre-Neuve-et-Labrador se traduit par une concurrence accrue entre les propriétaires-vendeurs. »

Le nombre d’habitations nouvellement inscrites a bondi de 7,3 % entre janvier et février, ce qui a plus qu’effacé les baisses de la fin 2019. Des gains ont été enregistrés à ce chapitre dans plusieurs grands marchés, dont la vallée du Fraser, Calgary, Edmonton, le Grand Toronto, Hamilton-Burlington, Kitchener-Waterloo, Windsor-Essex, Ottawa et Montréal.

L’Indice des prix des propriétés MLS® (IPP MLS®) global et composé a augmenté de 0,7 % en février 2020 comparativement à janvier. Il s’agit du neuvième gain mensuel consécutif de l’Indice. Le prix moyen réel (non désaisonnalisé) des propriétés vendues au pays en février 2020 se situait à environ 540 000 $, soit une hausse de 15,2 % comparativement au même mois l’année dernière. (Voir l’évolution des prix selon les régions, dans le tableau ci-dessous.)

Mais il n’y a là rien de surprenant, surtout au vu de tous les événements des deux dernières semaines. Que va-t-il maintenant arriver sur le marché du logement? Tout dépendra de l’évolution de la pandémie. Les taux d’intérêt faibles seraient normalement très favorables pour le marché du logement, surtout pour les acheteurs d’une première maison. Cependant, la distanciation sociale n’est guère compatible avec les maisons portes ouvertes et le magasinage immobilier.

De plus, la volatilité et l’instabilité minent la confiance des consommateurs. Les acheteurs qui avaient placé en bourse leurs économies pour une mise de fonds en ont perdu presque le tiers, sur papier. Par ailleurs, il faut se demander combien de vendeurs d’une maison voudraient voir une succession d’étrangers déambuler dans leur demeure pendant la pandémie. Le marché du logement, comme le reste, va probablement tourner au ralenti à court terme.

La Banque du Canada espère que ses réductions des taux d’intérêt stabiliseront le marché du logement, qui sinon aurait pu essentiellement se fermer. Les taux réduits se traduiront par des mensualités réduites pour les emprunteurs ayant un taux variable. On peut prévoir que la Banque réduira encore les taux, presque à zéro, comme la Fed. Jusqu’à présent, les banques canadiennes n’ont pas réagi à la réduction de taux de vendredi de la Banque du Canada. Le taux préférentiel avait baissé de 50 points de base le 5 mars, après que la Banque avait réduit son taux directeur d’autant le 4 mars. Les six grandes banques n’ont toutefois pas encore donné suite à la réduction de 75 points de base d’il y a trois jours.

Dr. Sherry Cooper

Dr. Sherry Cooper

Chief Economist, Dominion Lending Centres
Sherry is an award-winning authority on finance and economics with over 30 years of bringing economic insights and clarity to Canadians.

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